La FAC 2 : Les examens.
J’avais un peu de mal avec la première heure de cours l’après-midi… Il fallait que je fasse un petit roupillon post prandial, dans ma famille on appelle cela un « croulon » mais Nicole était là d’attaque, et elle prenait le cours. C’est pratique et nous avons fait toutes nos études ensemble : alors je faisais la sieste et elle, elle grattait. Parfois c’étaient les copains autour qui prenaient le cours et je récupérais tout cela après ma sieste. Une première ébauche du travail d’équipe et de la confraternité.
On a retrouvé cela plus tard aux examens. Parce que tout au long de l’année il y avait des examens, les partiels. Pendant les 15 jours qui précédaient les partiels nous révisions comme des dingues. En dehors de cette période, nous étions plus tranquilles nous allions à l’hôpital le matin et aux cours l’après-midi, mais ensuite, c’était cinéma, bridge etc… Mais les jours précédents les partiels nous révisions d’arrachepied, tout le jour et une bonne partie de la nuit. Nicole et moi on n’a jamais rien pris pour dormir moins et nous avons toujours dormi suffisamment pour arriver en forme le jour de l’exam. On en avait vu des copains shootés aux amphètes et qui, épuisés et à bout de nerfs s’endormaient au milieu de l’épreuve….
Quand arrivaient les partiels, nous étions dans les amphis espacés les uns des autres avec les appariteurs qui circulaient dans les travées, difficile d’échanger. Mais les tables étaient en gradin donc celui qui était derrière toi avait une vue plongeante sur ta table, de loin mais en plongée. Alors, quand l’appariteur était un peu plus loin si tu entendais « psst » c’est qu’il te demandait de l’aide, alors tu écartais la feuille de QCM que tu venais de remplir afin qu’il puisse jeter un coup d’œil. Mais il y avait des inconvénients : il ne fallait pas qu’il se trompe de page…. Si tu te trompais, lui aussi !! Mais bon, là aussi, c’étaient les premiers pas vers la confraternité….
La FAC 3 : Les Stages d’externe.
Ensuite il y eu les stages dans les hôpitaux : les stages d’externes. C’était autre chose que l’hôpital d’Arles. Là on travaillait, on remplissait les dossiers des patients… Là aussi on a connu des aventures.
Tenez, mon épouse travaillait dans le service du rein artificiel. Il fallait poser des fistules pour faciliter les branchements à la machine. Bien sûr lors de la pose cela se passait en stérile au bloc opératoire. Nous connaissions les règles de l’habillage stériles très strictes. Pour accrocher la bavette stérile, c’est l’infirmière qui attrapait les cordons de la bavette, sans toucher nos mains gantées, et qui l’accrocher derrière notre nuque. Or Nicole, à l’époque, portait des verres de contact. Et voilà que l’infirmière tire un peu trop fort et les deux lentilles sont éjectées. Deux choses : les verres de contact c’est cher ! mais en plus sans verres elle n’y voit rien. Nicole de plonger au sol tout habillée de stérile et cherchant ses lentilles devant l’équipe sidérée qui ne comprenait pas ce qui se passait…. « Mais ça va pas, tu es toute habillée en stérile ! tu peux pas faire ça !!! » Elle a retrouvé les lentilles mais a dû se rhabiller entièrement en stérile.
C’était l’épisode : Je m’habille en stérile. On a eu les épisodes autopsies sauvages. Un jour dans le service de Nicole, une jeune femme meurt de manière un peu inexpliquée. Alors son interne dit à Nicole : « il faut qu’on sache ce qui s’est passé. Il faut faire une autopsie » ; « hein ! mais comment tu vas faire ? » ; « viens avec nous tu vas nous aider. » Et avec l’aide d’un autre interne les voilà en train de charger la patiente sur un brancard au milieu de la nuit et de pousser le brancard pour aller à la morgue, en traversant les couloirs vides la nuit. Enfin vides, parfois ils croisaient une infirmière ou un autre employé… « Vous allez où ? » ; « Euh, on l’amène à la radio ! » ; « De nuit ! mais y a personne. ! » ; « C’est urgent, on va se débrouiller ! » et roule ma poule ! Chut ! Et les voilà à la morgue avec des tables spéciales pour faire les autopsies. Allez hop on la met sur la table et ils commencent l’autopsie… « Toi va faire le guet » et Nicole de faire le guet : « Tu ne pourrais pas faire plus vite parce qu’on aura du mal à expliquer ce qu’on fait là ! » Et l’interne tout content en train de farfouiller : « Oh ! regarde ce foie !! Ce poumon ! ils sont tout pourris : C’est pas beau ça ! » ; « C’est très beau, allez renferme proprement et on se casse ! ». Bon le gars prend son temps, puis dit : « allez on va recoudre. » ; « pourquoi recoudre on va l’enterrer ! » ; « parce qu’on avait pas trop les autorisations, je veux pas que la famille se doute de quelque chose : avec une belle couture et un chemisier fermé jusqu’au col, on y verra que du feu, surtout que je crois qu’on la fait incinérer… Ah, ah » et tranquillos le voilà qui recoud avec des jolis petits point de suture… Nicole : « des gros points ça suffit pas ??? paracerque là ça fait des plombes qu’on y est… » Pour finir la voilà recousue et rhabillée, hop sur le brancard et le parcours du retour. Et hop dans son lit…. Ouf ! Le plus rigolo c’est que, quelques heures plus tard, le chef de service en passant devant sa chambre : « Cette dame, on ne saura jamais ce qui s’est vraiment passé ! C’est quand même dommage qu’on n’ait pas eu le droit de faire une autopsie ! »
Moi aussi j’ai opéré des cadavres, et pas seulement en cours d’anatomie, en dissection. Nous nous succédions sur le même corps qui entre deux cours était conservé dans le formol, au début l’odeur était difficile a supporter. Mais plus tard. J’ai aussi opéré des cadavres à la morgue de l’hôpital ! Là aussi c’était un de mes internes, passionné de chirurgie qui nous entrainait. À deux ou trois nous descendions à la morgue la nuit quand il y avait un défunt non « réclamé » c’est à dire un SDF, sans identité. Alors les internes s’entrainaient à la chirurgie : « tiens, je vais lui enlever la vésicule » ; « et moi la rate » ; tandis que les externes dont je faisais partie, assurait le passage des instruments, cela s’appelait instrumenter. Il fallait une certaine habitude pour instrumenter correctement : connaître le nom des instruments, les passer au chir de la bonne manière, lui claquer l’instrument dans la paume, lui ne regardant pas, le claquer avec fermeté mais pas trop… À force j’étais devenu assez bon et j’en ai passé des heures au bloc opératoire….
Lors d’un autre stage plus tard, j’était de garde à l’Hôpital Salvator, en chirurgie thoracique. En début de soirée, quelqu’un passe en courant au restaurant des internes où j’étais en train de manger, et demande si quelqu’un sait « instrumenter » ? Je réponds que je sais, il me dit de me présenter rapidement au bloc opératoire, le professeur Monties a besoin d’une aide… Le professeur Monties !! le grand ponte de la chirurgie cardiaque de Marseille ! J’y vais et j’apprends qu’il va pratiquer un « bi valves » en urgence ! Il s’agit de changer deux valves intra-cardiaques, donc à cœur ouvert et avec circulation extracorporelle. Et me voilà à coté de Monties pour l’instrumenter pendant plusieurs heures… Incroyable. On était sous la coupole, cela se faisait autrefois, pour l’enseignement, c’est-à-dire qu’il y avait au-dessus de la table opératoire, une coupole de verre et les étudiants pouvaient venir à l’étage et regarder, à travers cette verrière et sans rentrer dans l’enceinte stérile, comment procédait le chirurgien. D’ailleurs, il y avait un micro au-dessus du chirurgien qui pouvait décrire ce qu’il faisait et il était entendu au-dessus de la coupole. Bien sûr à une heure aussi tardive il n’y avait personne là-haut. Pourtant, de temps en temps, il y avait quelqu’un qui y venait, attirait l’attention de Monties et faisait des gestes avec les doigts et, comme le micro n’était pas branché, il mimait avec la bouche quelque chose qui ressemblait à « 2/0 », et Monties disait « C’est bien, c’est bien ! ». Le manège se répétait, et j’ai mis du temps à comprendre. En fait, Montiés était le médecin de l’OM, il y avait un matche ce soir-là, l’individu au comportement curieux était un informateur qui venait annoncer au patron, l’évolution du score. Je ne me souviens plus du score, mais la soirée reste gravée dans ma mémoire… Même si mon rôle avait constitué à tenir l’écarteur. C’est facile mais fatiguant : le chirurgien place l’écarteur de façon à bien voir son « champ opératoire », puis il te le met en main et te dis « maintenant tu tires et tu ne bouges plus ! » ça pouvait durer des heures. Par la suite, j’ai su que La personne opérée se portait bien dans les jours qui suivirent… Puis je l’ai perdue de vue, comme tant des patients que j’ai vu à l’hôpital.
Une autre anecdote au sujet de l’hôpital Salvator : dans la cour d’arrivée à l’hôpital, il y avait une statue de Salvator, en fait un buste sur une colonne et deux personnages au-dessous remerciant le généreux donateur. Tout le monde, patrons interne, externes infirmières, patients et famille des patients passaient devant ce monument et nous n’y prêtions plus attention. Un jour le directeur de l’hôpital reçoit une visite d’une dame très en colère, elle se plaignait de la statue : « c’est un scandale, vous avez vu ça ! et vous laissez faire. » ; « mais vu quoi, madame ? » elle traine le directeur jusqu’à la statue et là il s’aperçoit qu’il a été rajouté un chibre énorme à Salvator et le personnage en dessous semble faire une pipe…. Il présente ses excuses et assure qu’il va faire nettoyer tout cela et qu’il va sanctionner les coupables. En fait, l’excroissance en plâtre était là depuis 15 jours, elle avait été rajoutée par les internes au cours d’une fête d’internat, un peu arrosée. Ce qui est amusant c’est que pendant 15 jours, il n’y avait eu aucune réaction. Bon, Salvator fut émasculé, le chef des internes convoqué, mais le directeur trouvant cela assez dôle, se contenta d’un avertissement et d’une mise en garde : Ne pas recommencer.
Il faut dire que l’internat c’était un monde à part, avec plein de traditions qu’il fallait apprendre. Le personnage important c’était l’économe, il avait la clef des alcools, et la tenue de la caisse, c’était lui qui collectait les amendes qui étaient imposée à chaque manquement aux traditions : Quand on entrait dans le réfectoire de l’internat, il fallait laisser la blouse à l’entrée, puis faire le tour de la table en tapant sur l’épaule des convives sans en oublier un, un oublié : une amende. Ne jamais parler boulot avant le fromage, une question posée avant et c’était l’amende etc…