Et cela n’a pas trop tardé ; mais pas tout seul : Après un ou deux ans de remplacements Nicole et moi arrivions sur Cheval-Blanc ! Pour y créer notre « Cabinet médical » Trouver le logement fut facile une petite villa en location dans un petit lotissement. Mais le local ce fut plus difficile, et nous n’avions pas d’argent. Quand nous sommes allés voir les banques pour demander quelques sous pour le strict nécessaire : table d’examen etc… Il nous était répondu : nous ne pouvons rien vous prêter il n’y a pas suffisamment de garanties…. Pourtant, deux médecins s’installant dans un village de Vaucluse : il y a un potentiel et ben non, rien. Évidement quand il a fallu emprunter pour de l’immobilier quelques années plus tard, là les banques se battaient pour nous faire un prêt. Heureusement la famille est venue en renfort financier, et nous avons trouvé un petit local au cœur du village, deux pièces au rez-de-chaussée dont une sans fenêtre, on a fait mettre une vitre dans la porte, ce fût la salle d’attente, l’autre devenant le bureau. Nous le partagions : moi, le matin et Nicole l’après-midi. C’était un ancien débarrât tout délabré, alors pendant deux mois on a tout retapé nous-même : Nettoyer, boucher les trous, repeindre… Etc. On était beau en salopette de peintre. Des gens passaient la tête par la porte : « ils viennent quand les docteurs ?» : « ils sont là : c’est nous ! » pas le temps de leur dire que nous commencerions le 1° décembre : devant le look des docteurs, ils étaient déjà repartis.
Un local un peu précaire, et nous avons eu quelques surprises. La pièce du bureau était contiguë d’un bureau de la caisse d’épargne. En faisant des travaux de réparation, voilà t’y pas que la cloison s’écroule en partie. Nous étions dans la caisse d’épargne, fermée à ce moment-là. En regardant mieux, je m’aperçois que nous sommes juste à l’arrière du coffre !!! Je me dis que quand ils vont arriver, ils vont voir les gravats autour du coffre et croire à un cambriolage. Un peu paniqué, j’appelle immédiatement la banque pour dire « y a un trou dans le mur de la banque, c’est moi ! mais c’est involontaire, ce n’est pas une tentative de cambriolage… ».
À propos de holdup, quelques années plus tard, un matin je suis seul dans mon bureau, j’entends la porte s’ouvrir, je vais voir et là je trouve deux gendarmes en tenue qui me regardent fixement sans un mot. Après un instant de gêne, je leur demande si je peux quelque chose pour eux, « non, on veut juste vous regarder. » ; je me savais beau, mais j’ai quand même un doute, « Et pourquoi cela ? » ; « on veut voir comment vous êtes. » ; « Ah Bon ! ben voilà, et alors. ?» « Non, c’est parce qu’il y a eu un holdup, tout à l’heure à la caisse d’épargne, et quand on a demandé au caissier de décrire, son agresseur, il a dit : il ressemblait au docteur Sergent. » Un peu estomaqué, j’ai dit que ce n’était pas moi. Ils ont simplement demandé si leur physionomiste pouvait venir me voir pour faire le portrait-robot. Je n’ai pas dit non, bien qu’un peu surpris, mais il n’est jamais venu. J’ai appris plus tard qu’il avait dit « je ne veux pas le voir : je fais un portrait-robot sur des description pas sur des ressemblances. ».
Mais surtout, Cheval-Blanc c’était le contact avec les « vrais » patients qu’il fallait comprendre et aimer pour pouvoir les soigner. Et dans un premier temps lutter contre les vieilles recettes… Ah ! si y en avait : Par exemple se gargariser à la javel pure pour les maux de gorge…. Expliquer que c’est surement bien désinfectant, mais que pour les muqueuses c’était pas top et qu’en cas de déglutition c’était trés mal vécu par l’œsophage… Ou encore les gastroentérites et diarrhées soignées en avalant cul sec un GRAND verre de pastis pur… Si ! Si c’était très utilisé, mais bon ! d’abord les études manquaient pour connaître l’efficacité de cette … thérapie, en revanche la certitude que cela allait poser quelques problèmes au foie. Et cet autre patient qui consommait pas mal de vin tous les jours, un peu trop… et affirmait « C’est mon ancien docteur qui me l’a dit ! » ; « Ah bon, comment ça ? » « À une époque j’étais pas bien, mon vieux docteur il a tout essayé, il a fait des tas d’examens, il a essayé tout plein de traitements ! Y avait rien qui marchait, alors il a fini par me dire : dans votre cas je ne vois pas d’autre solution : Il faut vous mettre au vin ! Alors je me suis mis au vin et maintenant tout va bien. » Là aussi ce ne fut pas facile de faire marche arrière, vu qu’il allait très bien avec ce traitement….