Cette époque de notre externat. C’était aussi l’époque des copains, il y en avait de toutes sortes ! Des rigolos, comme Zaïdou. Il était comorien et très doué, son but : travailler pour l’OMS. Je ne sais ce qu’il est devenu, mais il était très blagueur et nous nous méfions de ce qu’il racontait. Je me souviens de cette fois où il nous a annoncé qu’il retournait au pays ! En plein milieu d’année, un si long voyage on ne l‘a pas cru ! « Mais si c’est pour le 26 du mois prochain ! Un dimanche. » Et de jour en jour cette annonce devenait plus crédible, il faut dire qu’il nous bassinait avec son voyage « ça fait des années que je n’y suis pas allé, alors là je suis content ! » Pendant plus d’un mois tous les jours, il en parlait, il prenait les commandes « qu’est ce que je vous ramène des Comores ? » et on avait fini par y croire à l’approche de la date fatidique, c’était de grandes embrassades. Vient le samedi 25 : « demain je m’envole ! » … Presque nous étions un peu tristes… Mais le lundi 27 il était là en cours ! « Mais qu’est-ce que tu fais là Zaïdou ? T’es pas aux Comores ? » ; « Vous ne m’avez tout de même pas cru. » Je ne me souviens plus ce qu’il est devenu mais je me souviens de son rire…
Avec un autre copain, corse celui-là, je me suis aperçu, lorsque nous nous changions pour enfiler nos blouses d’externe, qu’il portait une chaine avec un anneau à son cou. Je lui ai demandé pourquoi ? Alors prenant une attitude fière et avec son accent inimitable que je ne sais pas imiter, il me dit : « c’est pour ne pas oublier ! » un long silence, alors moi : « Ok pour ne pas oublier quoi ? » ; « Pour ne pas oublier que j’ai demandé une fois à une fille et que maintenant plus jamais ! » Je n’ais jamais pu en savoir plus, mais après il s’est marié rassurez-vous.
Un autre copain nous avait bien fait rire. Il avait fait le début du cursus de médecine avec nous réussissant brillamment les deux premières années mais en troisième année il y avait eu le premier contact avec les malades dans les services. Il en avait été tout retourné : « je ne supporte pas les malades ! » ; « comment ça ? » « Les malades c’est nul, d’abord ils sont malades ! » … Ben oui c’est un peu le principe ! « Je déteste les malades ! je hais les malades ! C’est très embêtant pour faire médecine ! » Il a vécu deux ou trois semaines de doutes et d’angoisses. Eh puis un jour il est revenu tout joyeux : « c’est bon je vais me recycler en dentaire, c’est mieux. » Heureusement que c’était le tronc commun, il était facile de changer de branche. Mais je suis sûr qu’il a été un super dentiste.
Un autre c’était le contraire : il était déjà Kinésithérapeute et ça lui plaisait tellement qu’il s’était inscrit en médecine. Pas facile quand tu as déjà femme et enfants et en plus un cabinet à faire tourner. Chaque fois qu’il nous était rajouté un cours ou une séance de Travaux Pratique : « il s’écriait : Mais on n’a pas le temps ! on n’a pas le temps. » c’était devenu son surnom « onapaltemps ».
Dans le genre fou furieux du travail, il y avait ce copain qui était déjà pharmacien, et travaillait déjà en labo. Lui voulait avoir un jour son propre laboratoire alors il avait décidé de faire médecine et il suivait en parallèle des cours d’économie pour apprendre la gestion. Autant vous dire que c’était un copain de « onapaltemps », mais en plus organisé : il venait nous voir une quinzaine de jours avant les partiels, nous empruntait les cours auxquels il n’avait pu assister, en faisait des photocopies dans le labo où il travaillait et nous les ramenaient dans l’heure. Cela lui donnait le temps de les apprendre pour les exams. Enfin le temps … Pas toujours.
Mais nous connaissions cet étudiant spécialiste des impasses. Alors une impasse pour un étudiant c’est, quand « onapaltemps », de mettre de coté une partie du cours qu’on apprends pas parce que « onapaltemps » ce qui permet de mieux connaître le reste. Mais il faut espérer qu’il n’y aura pas de questions sur « l’impasse » sinon on est mort. C’est une espèce de jeu. Et ce spécialiste des impasses se trompait toujours : il y avait toujours des questions sur les impasses qu’il avait choisi. Quand il sortait de l’exam « C’est tombé en plein dans mon impasse ! » mais c’était à chaque fois ! Alors à la longue, tous ceux qui le connaissaient, dont notre kiné « onapaltemps » et notre futur chef de labo allaient le voir avant les exams : « tu fais quoi comme impasse ? » et ils n’apprenaient QUE ça !