Les déserts médicaux ; que faire ? Avril 2022

Une question m’a été posée : « notre village fait maintenant partie des « déserts médicaux », Qu’en penses-tu ? Que pouvons-nous faire ? »

La désertification médicale !

Que peut-on faire pour lutter contre ce que l’on appelle la désertification médicale ? Cette question est complexe et mérite que l’on s’y attarde. Tout d’abord ; est ce qu’il y a des solutions ?  Très sincèrement à l’heure actuelle je n’en vois pas. Je pense que les citoyens vont souffrir de cette situation pendant quelque temps sans pouvoir y faire grand-chose. Il faut dire que le problème s’est constitué au fil des années et il faudra du temps pour redresser la barre.

1° : Au tout début ; Il y a cette perte de la magie dans l’exercice médical. Les médecins ont voulu être plus honnêtes et transparents. Ils ont tenu un discours scientifique et non plus de gourou. Mais, ce faisant, ils ont dévoilé leurs doutes et leurs limites. Redevenus humains, ils sont tombés de leur piédestal. La perte de confiance fut spectaculaire.  J’ai évoqué cela dans mon blog à la page : Science ou Magie ? en Juillet 2021.

2° : La prise en charge des soins par la sécurité sociale, qui est pour moi un progrès indiscutable, a eu des effets secondaires néfastes. Les soins sont apparus comme gratuits, ce qui a eu des répercussions : on pouvait y avoir recours sans limites et bon nombre d’actes sont injustifiés…. Mais puisque c’est gratuit ! D’autre part ce qui est gratuit est vite considéré comme de peu de valeur et cela déprécie le travail de médecin et ajoute un peu plus à la perte de confiance.  

3° : Par ailleurs depuis quelques décennies, les dirigeants se sont interrogés sur le coût de la santé. Et nos systèmes de soins coutent de plus en plus cher ! par ailleurs c’est un investissement à perte, du moins à court terme.   Alors ils ont eu des raisonnements comptables : « S’il y a moins de médecins, il y aura moins d’actes et cela coutera moins cher… », d’où le numérus clausus. Mais cela ne marche pas : Si on diminue le nombre de vendeurs de voitures on diminuera peut-être le nombre de voitures, mais en diminuant le nombre de médecin on ne diminue pas le nombre de malades ! Et de plus si on manque de médecins les pathologies sont prises en charge trop tard et elles s’aggravent demandant plus de soins et donc des coûts supérieurs.…

4° : Les médecins (hospitaliers comme libéraux) se sont retrouvés de moins en moins nombreux. Les médecins de famille ont vu leur charge de travail augmenter ainsi que leurs responsabilités. Les patients étant de plus en plus critiques envers leurs décisions et toujours plus prompts à porter plainte. La charge de travail et les difficultés (Isolement, permanence des soins, rester à jour malgré la surcharge de travail, etc… ) ont rendu le métier de médecin généraliste bien peu attractif, surtout qu’il est mal rémunéré, moins que dans les autres pays européens et surtout moins bien que certains spécialistes. Tout cela a incité la jeune génération à se tourner vers des exercices mieux respectés et plus rentables. Ils désertent la première ligne car les médecins généralistes sont les médecins de premier recourt, la première digue. C’est ainsi que les SOS médecins et les urgences des centres hospitalier se retrouvent surchargés et seront les composants la prochaine digue qui va craquer…

Nous sommes en 2022 et la situation au lieu de se redresser ne fait que s’aggraver, c’est en grande partie parce que rien n’est fait pour améliorer le statut du Médecin Généraliste, que ce soit au niveau administratif ou dans l’esprit du public, au contraire !     

Le médecin généraliste, médecin de famille, crée une relation de confiance avec une patientèle suivie dans la durée, en abordant toutes les dimensions du soin et de l’accompagnement. Il bénéficie d’une position unique. Le médecin généraliste, médecin traitant, est aussi un observateur privilégié de la santé au travail et des pathologies liées à l’environnement. S’il n’existait pas, il faudrait l’inventer.

Le capital de confiance du médecin généraliste est renforcé par sa proximité et par sa connaissance approfondie du lieu de vie de ses patients, de leur cadre social et environnemental. Ces atouts doivent être exploités pour observer, expliquer et convaincre. Il faut promouvoir et valoriser les consultations de prévention par le médecin traitant, aux âges clef de l’enfance et de la vie d’adulte.

Par ailleurs :
Un juste équilibre entre le nombre de médecins généralistes et celui des autres spécialistes est une des clefs du bon fonctionnement du système de soins.

Il faut viser une répartition à 50-50 des étudiants en spécialités et en médecine générale. Alors que nous ne formons plus que 40 % de spécialistes en médecine générale dans notre pays !

On peut aussi se demander pourquoi tant de généralistes se dirigent vers d’autres pratiques et n’exercent pas le métier pour lequel ils ont été formés ? Pourquoi s’orientent-ils vers des centres de soins non programmés ou des sociétés de téléconsultation ? Alors que la population a besoin d’une prise en charge dans la durée et dans la globalité. C’est assez simple. Le statut de la médecine générale doit être considérablement amélioré. À égalité avec les autres spécialités.

Réguler le nombre d’étudiants en médecine

La « suppression » du numerus clausus entraine une hausse du nombre d’étudiants en médecine.

C’est nécessaire pour combler le creux démographique actuel. Quand la tendance s’inversera, il ne faudra pas oublier de réguler. Sinon, demain comme aujourd’hui, nous serons en difficulté.

Les professionnels de santé qui coopèrent sur le terrain sont en mesure d’évaluer l’évolution des besoins de soins. Une régulation fine des effectifs médicaux pour assurer le juste soin !

Équité pour la médecine générale, dès la faculté !

Depuis 2004 la médecine générale est un diplôme d’études spécialisées (DES), une spécialité à part entière. Enfin reconnue. En troisième cycle, le ratio d’encadrement par les enseignants de médecine générale reste pourtant le plus faible de toutes les spécialités, de l’ordre de 1/80 contre 1/10 en moyenne pour les autres. Un comble quand on sait que les connaissances à maitriser dans cette spécialité sont transversales donc particulièrement étendues. Elles se doublent de connaissances pratiques sur la relation patient-médecin, la gestion du cabinet, le management d’équipe, les nouvelles pratiques ou la législation sociale, qui ne peuvent pas s’apprendre seulement « sur le tas ».

Trois années de spécialisation en médecine générale, cela ne suffit pas.

Il faut investir dans l’encadrement et organiser un cursus allongé.

Mais que peut le patient ?

Pas grand-chose en fait, si ce n’est apporter son soutien à des professionnels qui ont passé une dizaine d’années à se former et ne pas se réfugier chez les gourous qui avec quelques semaines de « formation » s’attribuent un don.

Et surtout s’armer de patience car les mesures suggérées, si elles étaient adoptées, prendront des années pour que nous en ressentions les effets.

J’espère que le bon sens reprendra le dessus. Mais pour les vœux du nouvel an nous nous souhaitons « bonne année et bonne santé, » la santé étant le souci premier des français, mais au moment des élections c’est le pouvoir d’achat ou la liberté qui passent devant la santé.