Discours pour ma retraite. 1° Avril 2017.

Lors de mon départ à la retraite, le 1° Avril 2017,  j’avais organisé une « fête » Ce samedi après-midi là, j’avais invité tous mes patients, tous mes confrères et en fait tous mes amis, à venir me rejoindre à mon cabinet médical qui allait devenir la salle de spectacle de « La Licorne » notre troupe de théâtre amateur. 
Nous avons partagé un verre et quelques amuse-gueules. Nous avons beaucoup ri ! et un peu pleuré !

Et j’ai fait un discours que voici:


1° avril 2017.

Bonjour à tous merci d’être venus me soutenir et participer à ce passage de flambeau.

Me voila après 37 ans de pratique de la médecine générale sur CHEVAL-BLANC.

Certains me disent que je prends ma retraite bien jeune mais, bien qu’en pleine forme, j’ai déjà 36 ans et six mois… Oups ! NON ! : 65 ans et 6 mois Alors pourquoi cette décision ? :

Tout d’abord « PRIMUM NON NOCERE » : cette maxime nous a été serinée pendant toutes nos études. Or depuis ce temps là la médecine a bien changé. Les thérapies se sont multipliées voyiez le VIDAL, les examens se sont complexifiés : apparition des échographies, des fibroscopies, des arthroscopies, des scanners, puis des IRM…. Il devient de plus en plus difficile d’avoir les connaissances correctes de ces progrès et d’apporter aux patients les attitudes les plus adaptées…

Ensuite dés le début de mes études je me suis surtout intéressé à l’humain, c’était une autre époque, mais je continue à penser que derrière la maladie il y a une personne qu’il convient de connaître pour bien la soigner, mais cette évolution des sciences  pousse les médecins  à plus de technicité : pourquoi quand on augmente la partie technique  s’éloigne t on de l’humain ? Je ne sais pas. Est-ce un plus ou un moins ? Je ne sais pas non plus : c’est le progrès et je crois qu’il faut apprendre à le dominer et non à le subir…. Mais cela m’écarte de la façon dont j’aime exercer la médecine. Et comme je ne suis pas sur d’être à la hauteur sur le plan technique  je crains de ne pouvoir donner à mes patients  toutes les possibilités de la science il vaut mieux  arrêter.

D’autre part l’humain c’est un investissement émotionnel : Plus on cherche à comprendre l’homme derrière la maladie, plus on s’attache à l’individu et plus les difficultés vous touchent : maladies graves, douleurs etc.…. Le temps passant, je ne supporte plus  vos peines et vos douleurs. Le doute qui habite le thérapeute : Ai-je posé les bonnes questions ? Ai-je fait tout ce qu’il fallait ? Y a-t-il des examens que j’aurai dû demander ? Ai-je choisi le bon traitement ? L’ai-je bien expliqué ?   Et s’il est allergique ? ….  Ce doute ne nous quitte pas et à la longue pèse très lourd….  De plus cette réflexion essentielle est perturbée par des tâches administratives secondaires de plus en plus lourdes, et souvent ubuesques.

J’ai besoin de lever cette chape de mes épaules pour mon bien et celui de mes patients. Car comme je l’ai dit « quand je fais une erreur de texte sur scène, cela fait rire tout le monde. Mais quand je fais une erreur sur une ordonnance cela fait beaucoup moins rire. »

Il y a 37 ans vous avez su m’accepter, nous accepter, Nicole et moi, comme nous étions, avec nos originalités et nos folies… Mais nous avons su vous convaincre par notre sérieux et c’est ainsi que naquis cette belle histoire professionnelle entre vous et nous. Je vous remercie pour cette confiance que vous nous avez faite. Je raccroche donc sans véritable regret, car je garderai des liens avec vous tous, si vous le voulez bien.

Je dois des remerciements à tous ceux qui m’ont aidé à soigner mes patients tout au long de ces années : Confrères Généralistes et spécialistes, infirmiers et infirmières, pharmaciens qui veillaient et d’un coup de fil rattrapaient amicalement des prescriptions imparfaites, Kiné laboratoires … J’ai eu la chance d’avoir de bonnes relations avec vous tous et ce sont les patients qui en ont bénéficié !

Je passe le relai à un plus jeune qui a bien voulu venir s’installer, dés mon départ, sur cette commune à laquelle nous sommes si attachés. Je lui laisse donc une patientèle sympathique dans un environnement royal.

 À lui de faire maintenant ses preuves. Je lui souhaite donc bonne chance pour sa réussite,  car cette réussite sera la sienne, mais aussi la vôtre.

Sénèque disait « La vie est une pièce de théâtre : ce qui compte ce n’est pas qu’elle dure longtemps, mais qu’elle soit bien jouée » Nicole et moi avons la chance d’avoir joué, jusqu’à maintenant, quelques bons actes, « l’acte professionnel » se termine, il fut très chouette, nous allons faire en sorte  que  le suivant « l’acte retraite »  soit encore meilleur.   

Bonne chance à tous et tous pour CHEVAL-BLANC. 
     Dr. Bertrand SERGENT

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