J’ai parfois parlé de l’évolution spectaculaire des techniques permettant de mieux soigner. Mais le patient ne se rend pas bien compte de l’importance de ces avancées médicales, pour lui l’apparition du scanner ou de l’IRM n’évoque pas grand-chose…. Alors, pour mieux comprendre, je vais vous raconter comment la technologie a évolué dans nos métiers, en dehors du plan médical.
Le téléphone
Commençons par la téléphonie. Lorsqu’avec mon épouse, nous avons ouvert notre cabinet médical sur Cheval-Blanc, en décembre 1979, il n’y avait pas de « portables », il n’y avait que des téléphones fixes et « à fil » et pas encore de « transfert d’appels ». Nous avions donc deux numéros de téléphone : le professionnel qui arrivait au cabinet et le personnel arrivant à notre domicile distant de 5 kilomètres. Et nous avions un répondeur sur chaque ligne, l’un étant enregistreur. Probablement parmi les premiers répondeur/enregistreur sur la commune.
Lorsque nous quittions le domicile pour aller au bureau, nous mettions le message « nous ne sommes pas là pour le moment pour nous joindre appelez (l’autre) numéro » et lorsque nous quittions le bureau pour aller à la maison nous envoyions le même message mais dans l’autre sens ! Il y avait un problème : lorsque nous étions sur le trajet bureau/domicile, nous ne pouvions répondre ! Combien de fois j’ai eu cette réflexion : « J’ai appelé d’un côté, on m’a dit d’appeler l’autre numéro, ce que j’ai fait et on m’a dit d’appeler l’autre numéro !!! » difficile d’expliquer qu’il faut nous laisser le temps d’arriver de l’autre côté. Mais c’était la meilleure solution. Bien sûr, le transfert d’appel a bien amélioré la situation.
Le portable
Mais c’est l’apparition du « portable » ou « mobile » qui a été un changement spectaculaire pour les médecins de famille. Surtout pour les visites à domicile et pendant les gardes…. D’autant plus qu’à cette époque il n’y avait pas de numérotation des maisons, et se retrouver dans la nuit en pleine campagne à la recherche d’un mas qui devait se trouver à « 500 mètres après le pin au début du chemin… » dans une zone où il y a plein de chemins et pleins de pins, cela apprend la patiente….
J’ai parfois essayé de frapper à la porte de maisons pour avoir accès à leur téléphone et tenter de joindre la personne qui m’attendait. Mais j’ai rapidement compris que c’était illusoire : bien peu de gens acceptent d’ouvrir leur porte à deux heures du matin à un inconnu, fusse t il médecin, pour lui donner accès au téléphone…. Sur ma commune que je commençais à connaître et où certains me connaissaient, cela pouvait être envisageable. Mais pendant les gardes à 15 kilomètres de chez moi c’était impossible.
C’est pour cela que je connaissais par cœur l’emplacement de toutes les cabines téléphoniques publiques sur mon périmètre de garde, afin de pouvoir recontacter les patients, si je ne les trouvais pas. Ces cabines me servaient aussi pour rappeler mon épouse, une fois la visite terminée, pour savoir s’il n’y avait pas un autre appel dans le même coin, avant de revenir à la maison, parfois à une demi-heure de route. Il n’y a rien de plus désagréable que d’arriver à la maison après une heure de déplacement et d’apprendre qu’il y a une autre visite à faire au même endroit !!!
La recherche des « mas perdus » s’est révélée parfois très délicate. Si bien que lorsque les explications téléphoniques me semblaient confuses, Je disais au patient : « vous êtes sur telle commune, j’y serai dans 20minutes et je vous retrouve devant la mairie (ou la poste, la pharmacie l’épicerie…) laissez vos warnings allumés, j’allumerai les miens… » cela évitait souvent de longues recherches.
Vous imaginez bien comme le « portable » nous a simplifié la vie ! cependant, est ce à cause des facilités offertes aux patients ? ou simplement parce que la société était devenue plus exigeante, les patients se sont mis à nous appeler plus facilement : d’une dizaine d’appels de nuit par an, nous sommes passé à 5 ou 6 par semaine. Ce n’était plus possible car il fallait assurer la consultation dés le lendemain matin. Et, en plus des gardes de weekend, il nous a fallu instaurer des gardes de nuit de semaine…. L’évolution scientifique modifie nos vies.
La bureautique
Un autre domaine qui a connu de nombreuses transformations, c’est la bureautique.
Lorsque nous avons créé notre cabinet médical à Cheval-Blanc, dans le petit local que nous louions nous manquions de place pour une machine à écrire. Pourtant, je savais un peu « taper » à la machine. Il a fallu attendre la construction de notre nouveau local pour que je commence à écrire mes ordonnances à la machine à écrire. Une machine électrique avec « marguerite » et possibilité de correction (une seule lettre …).
J’étais alors un des seuls médecins généralistes qui faisait ses ordonnances à la machine et les pharmaciens m’aimaient beaucoup. Car, si mon épouse à gardé une belle écriture lisible, la mienne était désastreuse. J’ai travaillé comme cela pendant quelques années.
Il faut dire que l’ordinateur personnel (PC : Personnal computeur) en était aux balbutiements et assez hors de prix. C’est un patient informaticien qui m’a dit : « tu tapes à la machine, il faut que tu passes à l’ordinateur, tu pourras ainsi garder tes ordonnances en mémoire… » et il m’a proposé un PC d’occasion et m’en a montré le fonctionnement… Ce n’était pas si simple : écran noir et blanc, imprimante à aiguille très bruyante et surtout tout était géré par codes (le DOS) je crois me souvenir qu’il fallait faire « Alt/F7 » pour envoyer la page à l’imprimante.
Les débuts ne furent pas simples. Le lendemain de l’installation, après les premières consultations, j’ai rappelé mon ami en urgence : Le ventilateur de l’unité centrale était si bruyant que je n’entendais plus mes patients. Il est venu, a fait un trou dans le mur pour faire passer les câbles et transporté la « tour » dans la pièce d’à côté et j’ai pu reprendre mes consultations normalement…
Plus tard est apparu le système Windows, beaucoup plus convivial dans l’utilisation du traitement de texte, mais le dossier papier restait indispensable. Enfin on vit l’arrivée des « logiciels métiers » qui eux aussi ont beaucoup évolués au fil du temps mais permettaient de conserver les dossiers de consultation et d’avoir des ordonnances couplées au « Vidal » et contrôlées, ce qui était d’une grande aide. À la fin de ma carrière, devant la quantité de médicaments disponibles, j’aurais été en difficulté pour rédiger certaines ordonnances, sans l’ordinateur pour m’aider à vérifier les interactions ou les contre-indications.
L’intégration de l’informatique dans notre pratique est elle un bien ou un mal ? Je pense que toute profession doit intégrer le progrès dans son exercice sous peine d’être à la traîne. L’informatique est peut-être le moyen d’appréhender la croissance exponentielle des traitements multiples mis à notre disposition. De même les agendas contrôlés à distance par internet permettent d’avois des secrétariats délocalisés mais en contact permanent avec le médecin…
Progrès spectaculaires.
L’évolution de cette technologie au cours de ces 40 dernières années a été remarquable, mais il faut se dire qu’elle l’a été encore plus sur le plan médical : médicaments, scanner, échographie, IRM, pet scan, coronarographie etc… D’ailleurs, les progrès récents sont spectaculaires : fabriquer un vaccin très efficace en moins d’un an après l’apparition d’un nouveau virus!!! quel exploit ! Mais cela repose sur des années de recherches et de travail, belle avancée de la science!
Je crois en la science, mais je suis convaincu qu’il nous faut la dominer et non la subir. Et surtout pas la refuser sous certains prétextes fallacieux du genre : « la nature fait mieux les choses… » ou « l’immunité naturelle est bien meilleure! » allez expliquer cela au morts de la peste, ou de la variole !
D’autre part, seul, l’esprit d’un humain ne peut appréhender toute cette évolution, je crois au partage et à l’union. Il faut faire évoluer le métier de Médecin de Famille, vers un médecin au sein d’une équipe pluridisciplinaire, englobant confrères généralistes et spécialistes, infirmières kinésithérapeutes, etc. Pour permettre une prise en charge humaine etscientifique du patient.