Un rendez-vous un peu « casse gueule » !
Il y a longtemps, une trentaine d’années, je recevais sans rendez-vous pendant la matinée de 9 h. à Midi. Les gens attendaient leur tour et je terminais en général vers 13 h. En début d’après-midi, j’assurais les visites à domicile, puis le soir de 17 h. à 20h. je recevais sur rendez-vous.
Ce matin-là, vers 10h et demi environ, en pleine consulttion je reçois un appel téléphonique d’un homme particulièrement énervé : « Ce matin, vous avec vu mon épouse en consultation, elle est en pleurs, qu’est ce qui se passe, dites-moi ce que vous lui avez dit ! »
J’étais très étonné, car il n’y avait rien eu de bien particulier pendant cette consultation, nous avions un peu parlé de son père décédé quelques mois auparavant et qui lui manquait, mais la conversation ne m’avait pas paru très stressante. Je m’étais contenté de lui remonter le moral, et elle était partie souriante de la consultation. C’est ce que je tentais de lui expliquer, Tout en étant gêné dans mes explications car je me devais de respecter le secret professionnel.
Mais il était vraiment énervé ! il me dit : « Vous l’avez mis dans un état pas possible, je viens en parler avec vous et je viens vous casser la gueule. » La discussion téléphonique semblait bien mal engagée et je craignais de le voir débarquer au milieu de ma consultation pour « me casser la gueule ! ». Heureusement, j’ai gardé mon calme et fort de mes formations à « l’affirmation de soi. » dispensées par ma psychiatre d’épouse, je ne l’ai pas contrarié. Je suis même allé dans son sens. « Oui, nous pourrions en discuter, mais la salle d’attente est pleine et cela ne va pas être possible ce matin. Alors je vous propose de vous voir en rendez-vous à mon cabinet médical à 16h30. » Bien qu’apparemment très en colère, il a accepté. En quelque sorte je venais de donner rendez-vous à un individu pour qu’il vienne me casser la gueule !
J’ai quand même pris mes précautions : pendant ce curieux rendez-vous, il y avait deux de mes copains installés dans la pièce d’à côté prêts à venir m’aider au moindre appel. Mais je n’en eu pas besoin, ce monsieur s’est montré très compréhensif, pourtant mes explications, étaient un peu limitées, car respectant le secret professionnel, alors nous avons parlé de lui et de ses inquiétudes pour son épouse. Et nous nous sommes quittés bons amis. Je suis resté le médecin traitant de son épouse pendant de nombreuses années.
En fait de gueule cassée, j’ai été quitte en payant un apéro à mes copains.
Bertrand Sergent, Avril 2021.