Il est une chose qui m’ennuie beaucoup, c’est que cette épidémie a mis en évidence un glissement de l’opinion de la science vers la croyance. Depuis quelques années je me rendais compte que les patients perdaient confiance, ils ne considéraient plus les médecins comme des sachants. Et préféraient se tourner vers les médecines « parallèles ».
Jeune médecin installé sur ma commune, j’avais participé à l’animation du club de foot communal, entrainant les jeunes et conseillant les joueurs et entraineurs sur le plan médical. Je venais de sortir de la formation du Diplôme Universitaire de « Médecine du sport » or, au cours d’une réunion ou j’exposais les bases (simplifiées) de l’échauffement, quelqu’un m’a dit « Tu sais la médecine y a à prendre et y a à laisser ! ». Cette réflexion m’avait beaucoup marqué, car elle m’avait fait réaliser que ce n’était pas mes dix ans de formation en faculté de médecine qui allaient convaincre ces entraineurs volontaires et bénévoles, de changer leurs habitudes pour améliorer la santé des joueurs. C’est là aussi que j’ai compris que les rebouteux et guérisseurs de tous poils n’étaient jamais très loin ! De même les recettes de grand-mère étaient bien plus respectées que mes conseils avisés. Il m’a fallu longtemps pour faire arrêter certaines pratiques plutôt dangereuses. Comme de se gargariser à la javel pour soigner certains maux de gorge, même diluée cela était redoutable si on en avalait …. Ou encore le traitement de la gastroentérite en avalant un grand verre de pastis pur ! A l’époque certaines pratiques médicales me laissaient très perplexe : L’acupuncture, ou encore l’homéopathie qui refuse toutes études en « double aveugle », ce qui rend difficile d’en évaluer scientifiquement l’efficacité. (pour une explication de ce qu’est le double aveugle : cliquez ici.)
Puis est apparu l’ostéopathie, qui ne me convainc pas vraiment non plus ! Mais qui a ceci de merveilleux c’est que le public adore et est prêt à payer très cher et non remboursé une consultation. Consultation qu’il refuse au médecin traitant même si elle est moitié prix et remboursée …. Tout de suite, j’ai pensé : « Bientôt, il va y avoir beaucoup plus d’ostéopathes que de médecins. » Et c’est là que nous en sommes : il est plus facile de trouver un rendez-vous chez un ostéopathe que chez un médecin. Or leurs compétences sont loin d’être similaires… Et dans un monde où il n’y aurait que des médecins on peut se soigner ! mais pas dans une société où il n’y aurait que des ostéopathes.
Je reviens à ma question de départ : Science ou magie ? pourquoi l’évolution de la science médicale est-elle remise en question, alors que les pratiques paramédicales dénuées de preuves sont-elles mises à l’honneur ? Et l’autre question, qui me vient à l’esprit immédiatement est : la foi guérit elle mieux que la science ? Et c’est là qu’est la difficulté ; si on présente sa thérapie comme magique, elle a plus de chance de réussir à guérir, que si on la présente d’une efficacité … incertaine. Aucun scientifique médical sérieux ne nie l’effet placebo, d’où les essais en double aveugle contre placebo. (pour une explication de ce qu’est le double aveugle : cliquez ici.)
Ce n’est pas vraiment nouveau. Pierre Corneille disait : « La façon de donner vaut mieux que ce qu’on donne. » ce qui s’applique très bien aux soins médicaux et explique probablement que de la poudre de perlimpinpin donnée par un thérapeute se comportant comme un gourou va mieux guérir qu’une substance reconnue et éprouvée administrée par un médecin laissant entrevoir ses doutes. Or, là est le paradoxe : le scientifique honnête expliquera au patient les risques d’erreur ou les complications possibles d’un traitement, ce faisant il en augmentera le risque de survenue. C’est l’effet nocebo qui va survenir lorsque le thérapeute laisse entrevoir ses doutes, alors que l’effet placebo va fonctionner plus fort si le traitement est présenté comme une panacée miracle. D’ailleurs n’est ce pas là l’explication à certains miracles de guérison ?
Alors, le médecin doit-il être un scientifique honnête qui ne dissimule pas à ses patients les inconvénients d’une thérapie ou un thérapeute un peu magicien qui amplifie le pouvoir de ses traitements ?
Maurice Druon a écrit “Un grand médecin est d’abord un guérisseur qui d’autre part a appris la médecine.” cette réflexion est intéressante, mais pose un problème : comment devient-on « guérisseur » ? Je sais comment on devient médecin, en apprenant la médecine ! Mais guérisseur ? y a-t-il une filière ? où est ce inné ? J’aurais aimé croire qu’en étudiant correctement la médecine on devenait un bon médecin-guérisseur ! Mais cette idée ne semble pas partagée par tous !!!
Je n’ai pas de solution, mais l’avenir de la médecine reposera sur la réponse à cette question : le soignant, un scientifique ou un magicien ? …. Ou les deux ? Et dans quelles proportions ? Et surtout : Comment apprend on à devenir Guérisseur ET Médecin ? Ou encore Médecin ET Guérisseur ?
Bertrand Sergent. Juillet 2021.
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