La pénurie de soignants et la permanence des soins.
Depuis quelques temps on entend des cris d’alerte dans le milieu médical : « Les urgences ne peuvent plus être assurées faute de soignants… » ; « On est obligé de fermer la nuit… » ; « il faut réguler l’entrée des urgences… » Etc… Ces cris d’alerte sont entendus maintenant, mais cela fait des décennies que certains font état de leur inquiétude.
D’une part : La désertification médicale était prévisible et moins il y a de médecins plus il sera difficile d’assurer la permanence des soins. D’autant plus que lors des choix d’orientation pour les diverses spécialités celles qui n’ont pas la nécessité de permanence des soins seront préférées, et médecins généralistes ou urgentistes resteront moins choisies.…
D’autre part : les exigences des patients se sont amplifiées au fil du temps et de l’appel d’urgence nous sommes passé à « l’urgence ressentie » et le comportement du « tout, tout de suite » ont transformé la médecine de famille en une médecine « Fast Food » avec ouverture et accueil 24h. sur 24h.
Et ainsi la situation est devenue intenable. Au début des années 80, il était très rare d’appeler le généraliste la nuit, pourtant il n’y avait pas de Samu, ni ambulance de pompiers ! Il m’est arrivé de mener moi-même en pleine nuit mes « urgences » à l’hôpital dans mon propre véhicule (non médicalisé.) Mais c’est arrivé extrêmement rarement. Puis les appels se sont multipliés, au départ c’était en début de nuit entre 20 et 22 h pour finalement intervenir en « nuit profonde ». Les demandes étaient variées parfois de « vraies » urgences nécessitant une intervention dans la nuit mais, somme toute, assez rares, là encore, et tant d’autre injustifiées ; des exemples :
À deux heures du matin : « je vous ai fait venir parce que je n’arrivais pas à dormir !» réponse : « moi j’y arrivais bien ! »
« Je vous appelle à 22 heures parce que j’ai mal à la gorge et de la fièvre depuis ce matin » question, « mais pourquoi si tard ? »; « Parce qu’avant je travaillais ! » ; « Ben moi aussi, et pourquoi ne pas attendre demain » ; « Parce que demain matin on part tôt pour aller voir ma mère ! »
Appelé dans la nuit pour un petit qui allait très mal, en arrivant chez les patients après un quart d’heure de routes de campagne. On m’attrape avant que j’aie le temps de sonner à la porte : « Ne sonnez pas, maintenant il dort, on vous l’amène demain matin… »
Une patiente appelle à 6 heures, le matin pour une sciatique soi-disant hyper algique, Lorsque j’arrive, elle n’est pas trop mal et souhaite juste une injection car elle est habituée et a les produits ordonnés par son médecin traitant. Question : « pourquoi ne pas avoir attendu 8 heures pour appeler votre médecin et régler cela avec lui ? »; « parce qu’il faut que j’aille au travail à 8 heures. »
